Où en est LinkedIn et quel est son avenir ?  J’ai voulu faire le point sur le fameux réseau B2B dont on entend dire un peu tout et n’importe quoi. Il deviendrait comme Facebook, Microsoft ne saurait pas quoi en faire …

Alors pour être sûr d’avoir des réponses éclairées à mes questions, je me suis tourné vers  Alain Lefebvre, co-fondateur de SQLi et pionnier des médias sociaux en B2B avec 6nergies.net (aujourd’hui disparu). Il a été  également l’auteur d’un livre fondateur sur les médias sociaux en 2008.

Alain, LinkedIn est envahi par les commerciaux de tout poil qui n’hésitent pas à employer les méthodes les plus lourdes pour prospecterPourrait-on imaginer que les décideurs aient tous fui un jour le réseau des réseaux B2B ?

Ah, ça commence fort !

LinkedIn n’est pas différent des autres destinations du Web. Car, sur le Web, il y a deux types d’adresses : les sites qu’on découvre à l’occasion et les destinations incontournables que tout le monde connaît et fréquente, pour différentes raisons.

Et donc, forcément, ces destinations sont plus ou moins “polluées” par des indésirables aux comportements répréhensibles. Mais la vraie question est la suivante : cette pollution est-elle suffisante pour annuler l’intérêt que présente cette destination en premier lieu ?

Je ne le pense pas. Tout d’abord, il faudrait définir ce qu’englobe le terme de “décideurs”.

Alain Lefebvre nous répond sur LinkedIn

Alain Lefebvre

Sur différents plans, nous sommes tous des “décideurs” de quelque chose. Nous représentons tous des enjeux plus ou moins grands et sommes tous confrontés à des tensions entre ce qu’on recherche et ce qu’on veut éviter. Donc, LinkedIn va-t-il perdre tous les décideurs (c’est-à-dire nous ) ?

Évidemment pas. Pour le moment, LinkedIn est et reste l’endroit où il est le plus facile et le plus rapide de trouver un professionnel spécialiste de tel ou tel domaine. Après, pouvoir le contacter est une autre affaireet que celui-ci vous réponde encore une autre !

Mais rien que cette concentration exceptionnelle de talents et de compétences justifie de recourir à ce service sur une base régulière.

Comment décrire l’évolution de LinkedIn depuis ses débuts qui remontent maintenant à 17 ans (!). De CV en ligne et outil de networking à outil de prospection, quel est vraiment le rôle de cet outil aujourd’hui et demain ?

En fait, selon moi, les vocations des débuts du service sont toujours là. LinkedIn est toujours un outil de networking et une impressionnante base de CV en ligne… Cela, ça n’a pas changé.

Ce qui est nouveau, en revanche, c’est l’accent mis sur les contenus en interne et, toujours selon moi, ça va dans le bon sens. Comment mieux se faire remarquer qu’en publiant des contenus intéressants directement dans le service ?

Une évolution possible dans le futur plus ou moins proche : faire en sorte que le service vous désigne directement des professionnels selon votre choix de critères, et ce pour aller au-delà de la recherche de type textuel.

Dans ce cadre, LinkedIn pourrait vous proposer de compléter votre profil afin que ce type de recherches soit mieux traité (par cela il faut comprendre “augmenter les chances que votre profil soit pris en compte”).

L’idée ici est de passer d’une base de CV à une banque de compétences et de spécialités. L’intérêt pour le service est de devenir un “hub” des professionnels et l’intérêt pour ses utilisateurs (y compris et surtout pour ceux qui acceptent de payer un “premium”…) est d’être plus facilement trouvé lors de recherches ciblées (et qu’on imagine pertinente pour une activité potentielle).

LinkedIn a donc bien un bel avenir devant lui !

Oui, cent fois oui, LinkedIn a un avenir solide devant lui, surtout depuis le rachat par Microsoft qui lui assure une certaine stabilité tant sur le plan technique que financier.

Alors que le monde des professions IT est en train d’évoluer vers une part de plus en plus importante des indépendants au détriment des ESN, un service comme LinkedIn est idéalement positionné pour être un relais pertinent et efficace pour ces intervenants toujours plus nombreux et exigeants.

Le principe des 6 degrés de séparation, à l’origine de la création de 6nergies.net, ne semble plus être d’actualité.  Doit-on encore s’y intéresser ? 

Les fameux 6 degrés de séparation étaient effectivement intéressants sur le plan théorique. Savoir que l’empereur du Japon n’est éloigné de vous que par cette courte chaîne de liens est certes fascinant, mais pas complètement pertinent sur le plan pratique.

En effet, on s’aperçoit que l’immense majorité des mises en contact ne dépasse jamais deux degrés et que, au-delà, personne ne veut ni ne peut faire les démarches nécessaires pour aboutir. C’est un peu comme les résultats des requêtes sur les moteurs de recherche : peu vont au-delà de la première page, personne au-delà de la troisième.

Donc, je ne crois pas qu’il soit important d’être puriste sur ce point. En revanche, la logique de networking doit être inculquée aux jeunes le plus et le mieux possible et ça fait partie de notre rôle à nous tous.

LinkedIn règne désormais sans partage sur le monde du B2B*. Est-ce définitif ? 

Je suis toujours dubitatif quand on évoque un paysage figé… est-ce que ça existe pour de bon, seulement ?

Dans notre domaine technique, les situations figées ne peuvent être que temporaires. Même les positions dominantes qui semblent les mieux ancrées dans la durée ne sont que provisoires.

Et quand un acteur domine trop son secteur au point de l’écraser, le vent du changement se manifeste autrement, en faisant que le domaine en question se démode, est remplacé par un autre plus en vogue et la situation enviée, bloquée, s’efface progressivement sans même qu’on s’en aperçoive (bien entendu, ce genre de glissements peut prendre dix à vingt ans mais ils ne sont pas rares).

Bref, tout cela pour dire que je n’emploierais certainement pas le qualificatif “définitif” ici pour le règne sans partage de LinkedIn sur le monde professionnel.

Un domaine aussi important va toujours attirer de nouveaux acteurs et des approches innovantes. Il suffirait que LinkedIn s’assoupisse pour que sa position soit remise en cause, en l’espace de deux ans…

Aujourd’hui, on ne voit pas encore de challenger sérieux pointer à l’horizon mais cela peut changer, vite et en profondeur. Je ne pense pas que la menace viendra des autres membres des GAFAM mais d’une startup, aujourd’hui obscure, qui saura trouver un point d’accroche pertinent pour décoller.

(*sauf en Russie et dans quelques autres endroits)

Catégories : Tribunes

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